Le dolmen d'Oppagne
(ou le dolmen sud ou Wéris II)



HISTOIRE ET FOUILLES

L'inventeur du dolmen d'Oppagne (ou dolmen nord ou Wéris II) semble être Félix Lambert, le fils d'Antoine Lambert, cultivateur de Wéris. Dans un de ses champs, se trouvait une légère surélévation d'où émergeaient quelques grosses pierres. Lors du labourage des terres voisines, la charrue butait sur d'autres pierres plus profondément enterrées. Au printemps 1888, les deux fils décidèrent d'éliminer ces obstacles. Alors qu'ils commençaient à dégager les pierres supérieures, Félix fut frappé par leur disposition similaire au dolmen de Wéris découvert quelques années plus tôt. Après avoir été observer l'autre monument, il continua son travail de dégagement : il ne se trompait pas, il venait de mettre au jour un second dolmen.



Peu après, le commissaire-voyer de Barvaux Charneux continue le dégagement du monument. Vers 1889-1890, A. Charneux vide la chambre sépulcrale remplie de sédiments. L'Etat acquiert le monument et sa parcelle en 1890. Diverses campagnes de fouilles s'y sont ensuite déroulées. En 1906, par A. de Loë et E. Rahir ; des sondages en 1987 par le Service national des fouilles ; en 1996 et 1997 enfin, par la Direction de l'Archéologie de la Région wallonne (devenue propriétaire du site en 2000), campagnes émaillées de quelques découvertes majeures qui ont véritablement apporté un éclairage neuf sur le monument qui a par ailleurs été restauré dans la foulée.

PLAN

Le plan de Wéris II est similaire à celui de Wéris I, dont il est distant de 1500 m. Un vestibule ou antichambre, une chambre sépulcrale, une grande dalle postérieure posée à plat. Sa particularité est d'être édifié dans une tranchée creusée transversalement par rapport à la pente du terrain. Cette tranchée d'implantation a été clairement reconnue lors des fouilles. Elle était de 1 à 1,5 m plus large que le noyau du monument.
Le monument a cependant dû être laissé à l'air libre (du moins au début de son utilisation), comme en témoigne l'existence d'un chemin dallé de plaquettes de grès-psammite et de calcaire (découvert en 1996). Ce chemin devait faire le tour de l'édifice. Il est conservé le long du côté gauche, et deux dalles en place a été repérée de l'autre côté (où le dallage a peut-être été endommagé par les fouilleurs du XIXe siècle qui ne l'auraient pas remarqué). Ce chemin avait-il un rôle rituel, utilisé lors de cérémonies ?


Le plan avant restauration (© Région wallonne)

La chambre, longue de 5 m, large de 1 m près du chevet et de 1,80 m à l'entrée, et haute de 70 à 90 cm, est composée des piliers t et u à droite, o et s à gauche, soutenant trois dalles de couverture (contre deux à Wéris I) p, q et r, et de la dalle de fermeture du chevet w (dalle qui a disparu à Wéris I). Les intervalles entre les piliers devaient être bouchés par un remplissage de blocailles, comme cela a été observé entre les piliers t et u (outre des traces entre les piliers o et s). Les anciens rapports semblent montrer que le premier dégagement du monument au XIXe siècle, trop soigneux, a ôté une bonne partie de ce bourrage. A l'intérieur de la chambre, la fouille de 1996 a confirmé que le sol était dallé de plaques de grès-psammite et calcaire. Une portion d'un peu plus de un m² est conservée. Derrière l'allée, la fonction de la grande dalle x posée sur le sol est aussi énigmatique que celle du dolmen nord. Etait-ce ici pour contrebuter la partie arrière du monument, dont les piliers sont plus minces qu'à l'avant ?


Le dallage extérieur (© Région wallonne)


Lors de la découverte du dolmen, le vestibule était effondré, composé d'une douzaine de blocs. Les raisons de cet effondrement ne sont pas claires. Est-ce une condamnation du monument par les Néolitiques eux-mêmes ? Ou par une civilisation postérieure ? Les fouilles de 1996-1997 ont permis de reconstituer ce vestibule et d'établir qu'il était plus long qu'à Wéris I, délimité par deux piliers de chaque côté (b et e à gauche, a et j à droite). Chambre et vestibule sont séparés par une dalle d'entrée m, taillée en demi-hublot ouvert vers le bas, dont les piédroits reposent l'un sur une dalle de seuil et l'autre sur un radier de blocs. Devant celle-ci, le sol du vestibule est occupé par deux dalle couchées h et i destinées sans doute à être relevées pour fermer l'entrée. Entre les blocs n et l ont été repérés un fond de fosse et une couronne de blocs de calage, trace de la présence d'un menhir, identifié comme étant le bloc k.



RESTAURATION

La restauration de 1997 visait à rétablir le site dans l'état le plus proche de celui qu'il devait avoir au début de son utilisation, outre sa mise en valeur et sa sécurisation. Le vestibule a été reconstruit. La dalle d'entrée, cassée à hauteur des deux piédroits, a été recollée et redressée. Le menhir k a été relevé dans sa fosse entre les blocs l et n. La pierre de couverture r a été légèrement déplacée à l'aide d'une grue pour qu'elle repose à nouveau sur les piliers s et u (ne reposant plus sur le pilier u, elle avait glissé à l'intérieur de la chambre). Les dallages tant internes qu'externes ont été reconstitués et fixés dans un mélange de sable et de ciment, matériau qui a aussi servi à matérialiser la tranchée d'implantation dans un but didactique.




Les ossements humains trouvés à Wéris II appartiennent à une dizaine de défunts d'âges variés. Le matériel archéologique, lui, indique deux phases d'utilisation du site : quelques objets néolithiques, dont une pointe de flèche à pédoncule, et des tessons de poterie typiques de la "Civilisation des Gobelets" qui pourraient être la trace d'une réutilisation du monument.

MENHIRS



Le site de Wéris II comprend, à environ 25 m à l'est du dolmen, un ensemble de cinq menhirs. Trois étaient déjà connus en 1888, les autres ayant été découverts lors d'une campagne de 1986. Ils ont dû être renversés et enfouis au XVIe siècle (?). Ces pierres couchées posaient question : étaient-ce des menhirs ? Des pierres amenées mais inutilisées lors de la construction du dolmen, voire un autre dolmen inachevé ou complètement ruiné ? Les recherches de 1986 ont répondu : ce sont des menhirs.
Sur base des observations faites au cours des fouilles (repérage des fosses d'érection), quatre d'entre eux ont été redressés en avril 1997. Après redressement, du sud au nord, le menhir I dépasse le sol de 2,65 m, le III (de forme trapézoïdale) de 1 m côté sud et 2,25 m au nord, le IV de 2,50 m et le V de 1,50 m.




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