Présentation de l'exposition, par M.-H. Van der Kaa, historienne.

Renouant avec la tradition, l’asbl Terre de Durbuy propose une exposition intitulée « Sur la piste des loups » dans l’ancienne Halle aux Blés de Durbuy, du 5 septembre au 15 novembre.

Celle-ci présente les relations mouvementées qui ont existé entre l’homme et le loup dans nos régions.

En effet, quoi de commun entre la louve capitoline, qui avait allaité les jumeaux fondateurs de Rome et dont un bas-relief a été retrouvé à Arlon, et le carnassier vilipendé tout au long du 19e siècle ? Peu d’animaux ont d’ailleurs cristallisé un ensemble d’images aussi fortes, stéréotypées ou encore ambiguës que le loup.

Situé au sommet de la chaîne alimentaire, le loup n’avait pas de prédateur, hormis… l’homme. Tôt ou tard, la confrontation devrait avoir lieu.

Autrefois, nos régions étaient couvertes d’une vaste étendue de forêts primaires, constituées principalement de chênes, de hêtres, ainsi que de buissons, taillis et ronciers et vers la mer du Nord, de landes, bruyères et de marécages. Les premiers défrichements remontent au Néolithique. Nos ancêtres construisent leurs habitations dans les clairières et exploitent champs et prairies. Cultures de céréales et vivrières voisinent peu à peu avec les chèvres, moutons, chevaux et porcs. Cependant, des massifs immenses de forêt subsistent telle l’Arduinna Sylva, forêt qui s’étend des Ardennes à la Lorraine française et, à l’Est, jusqu’au Rhin. D’ailleurs, au moment de l'invasion romaine, César qualifie la Gaule de « chevelue » ou « boisée ». Quoi qu’en aient dit certains historiens, cette « grande forêt d’Ardennes » n’est pourtant pas infranchissable. Des chemins et des routes la traversent tandis que des cours d’eau la sillonnent.

Le loup, le mangeur de gibier, est toléré par la population avec laquelle il n’est pas en concurrence. Il est surtout identifié en tant que membre d’un groupe de chasseurs solidaires et efficaces, la meute. Nos ancêtres s’inspirent d’ailleurs du fonctionnement des meutes pour concevoir leurs propres traques.

Après les invasions germaniques, un nouvel ordre s'établit. Au cours de la période gallo-romaine, les forêts du « saltus publicis » sont passées de « res nullius » (n'appartenant à personne) à « res publica » (bien de l'Empire). Elles deviennent par la suite des biens royaux ou « silva regia » dont les propriétaires songent surtout à protéger le gibier de toute convoitise, qu’elle soit animale ou surtout humaine. Les défrichements provoqués par l’accroissement démographique réduisent progressivement l’espace dédié au loup. La confrontation est devenue inéluctable.

L’exposition décrit ainsi cette confrontation au travers de diverses pièces issues notamment du Musée En Piconrue ou encore du Musée de la Vie wallonne. Les Archives de l’État à Arlon (A.E.A.) ont fourni des documents relatifs aux destructions et primes au loup. Ceux-ci ont été sélectionnés tant pour leur lisibilité par le grand public que pour leur intérêt local, tels des récits de captures dans les environs de Grandhan. De nombreuses illustrations provenant de revues du 19e siècle évoquent également le choix journalistique de publications commerciales, ancêtres de notre Paris-Match.

Les plus jeunes n’ont pas été oubliés avec la mise en scène d’animaux naturalisés issus des collections du Musée de Lavaux-Sainte-Anne ou encore du Domaine de Hotemme, mais aussi des éléments du folklore wallon.

En bref, l’asbl a réalisé ici une exposition de vulgarisation scientifique bilingue, comportant plusieurs niveaux de lecture.